Bruit au travail : trois seuils décident de ce que vous devez faire
L'OPPBTP et sept partenaires industriels ont relancé le 3 novembre 2026 la campagne nationale « Bruit maîtrisé, oreilles protégées », jusqu'au 12 mars 2027. L'occasion de reprendre un risque qu'on finit par ne plus entendre : le Code du travail, lui, le chiffre en décibels.
Un marteau-piqueur, une meuleuse, une scie, un compresseur, un pétrin, une chaîne de conditionnement : le bruit au travail est le risque qu'on cesse de remarquer à force de l'entendre. Il ne fait pas chuter, il ne brûle pas, et pourtant les pertes auditives qu'il provoque ne se rattrapent pas.
L'OPPBTP et sept partenaires industriels ont relancé le 3 novembre 2026 la campagne nationale « Bruit maîtrisé, oreilles protégées », déployée jusqu'au 12 mars 2027. Son message tient en trois gestes : identifier les sources de bruit, évaluer l'exposition, agir le plus tôt possible.
La réglementation, elle, ne parle pas de sensibilisation. Elle fixe trois seuils chiffrés, et chacun déclenche des obligations différentes. Les voici, article par article.
Bruit au travail : trois seuils, trois niveaux d'obligations
Ce que l'on mesure. L'article R4431-1 du Code du travail, en vigueur depuis le 1er mai 2008, définit les indicateurs du risque : le niveau d'exposition quotidienne au bruit est la moyenne pondérée dans le temps des niveaux d'exposition pour une journée de travail nominale de huit heures ; le niveau de pression acoustique de crête est la valeur maximale instantanée mesurée avec la pondération fréquentielle C. Un pic bref et un vacarme continu ne se jugent donc pas avec le même chiffre.
Les trois seuils. L'article R4431-2, en vigueur depuis le 1er mai 2008, tient en un tableau de trois lignes. Valeurs d'exposition inférieures : 80 dB(A) sur la journée ou 135 dB(C) en crête. Valeurs d'exposition supérieures : 85 dB(A) ou 137 dB(C). Valeurs limites d'exposition : 87 dB(A) ou 140 dB(C). L'INRS donne le repère physiologique correspondant au premier seuil : l'ouïe est en danger à partir de 80 décibels durant une journée de travail de 8 heures, et au-delà de 135 décibels instantanés, toute exposition, même très courte, est dangereuse.
À 80 dB(A), trois obligations se déclenchent. Le 1° de l'article R4434-7 impose de mettre des protecteurs auditifs individuels appropriés et correctement adaptés à la disposition des travailleurs. L'article R4436-1 impose une information et une formation, avec le concours du service de santé au travail, portant notamment sur les seuils, les résultats des mesurages, l'utilisation correcte des protecteurs et la façon de dépister et de signaler les symptômes d'altération de l'ouïe. L'article R4435-2 ouvre droit à un examen audiométrique préventif, à la demande du salarié ou du médecin du travail.
À 85 dB(A), trois de plus. Le 2° de R4434-7 ne se contente plus de la mise à disposition : l'employeur veille à ce que les protecteurs soient effectivement utilisés. L'article R4434-3 impose une signalisation appropriée des lieux concernés, qui sont délimités et font l'objet d'une limitation d'accès lorsque cela est techniquement faisable. L'article R4434-2 impose d'établir et de mettre en œuvre un programme de mesures techniques ou d'organisation du travail visant à réduire l'exposition.
À 87 dB(A), la limite est franchie, protecteurs compris. L'article R4432-3 est explicite : l'exposition d'un travailleur, compte tenu de l'atténuation assurée par les protecteurs qu'il porte, ne peut en aucun cas dépasser les valeurs limites. Si un dépassement est constaté, l'article R4434-6 impose de prendre immédiatement des mesures pour repasser sous la limite, d'en déterminer les causes et d'adapter la prévention pour éviter que cela recommence.
Six points à reprendre dans vos ateliers et sur vos chantiers
1. Listez les sources, pas les postes. L'article R4433-1 impose d'évaluer et, si nécessaire, de mesurer les niveaux de bruit auxquels les travailleurs sont exposés, pour constater si les valeurs de R4431-2 sont dépassées. La campagne de l'OPPBTP insiste sur un point que les entreprises oublient : la prévention concerne tous ceux qui sont exposés, pas seulement ceux qui tiennent l'outil bruyant.
2. Datez votre dernier mesurage. L'article R4433-2 demande que l'évaluation et le mesurage soient planifiés et réalisés par des personnes compétentes, avec le concours le cas échéant du service de santé au travail, à des intervalles appropriés, notamment lorsqu'une modification des installations ou des modes de travail peut élever les niveaux. En cas de mesurage, celui-ci est renouvelé au moins tous les cinq ans.
3. Agissez à la source avant de distribuer des bouchons. L'article R4434-1 énumère neuf leviers : procédés de travail moins exposants, choix d'équipements émettant le moins de bruit possible, conception et agencement des lieux, écrans, capotages et correction acoustique, amortissement du bruit de structure, maintenance des équipements, et organisation du travail limitant la durée et l'intensité de l'exposition.
4. Choisissez les protecteurs avec ceux qui les portent. L'OPPBTP rappelle qu'il n'existe pas de protection universelle et qu'une atténuation trop forte peut empêcher d'entendre les consignes, les alarmes ou les signaux des engins. Confort, facilité de mise en place et compatibilité avec le casque, les lunettes ou le masque décident du port réel.
5. N'oubliez ni les locaux de repos ni les personnes sensibles. L'article R4434-4 impose de réduire le bruit des locaux de repos à un niveau compatible avec leur fonction. L'article R4434-5 impose d'adapter les mesures, en liaison avec le médecin du travail, aux travailleurs particulièrement sensibles.
6. Écrivez-le dans le document unique. L'article R4121-1 impose de transcrire les résultats de l'évaluation par unité de travail. Nos repères sur le DUERP des entreprises du bâtiment et des travaux publics et sur le DUERP métier par métier donnent la trame : le bruit ne concerne pas que les chantiers, il concerne aussi un fournil, une cuisine, un atelier de maintenance ou une crèche.
Dans iDuerp, chaque source de bruit identifiée devient une ligne de risque cotée par unité de travail, puis une action datée avec un responsable ; les rapports de mesurage se rangent avec les documents de l'établissement, et la mise à jour du DUERP ne reprend que ce qui a changé.
Une prévention qu'on montre, pas un classeur qu'on défend
Le bruit a ceci de particulier qu'il ne laisse pas de trace le soir même. La fatigue auditive se dissipe, l'oreille semble récupérer, et la perte s'installe sans prévenir. L'INRS le dit clairement : la surdité, elle, est irréversible, et elle peut être reconnue comme maladie professionnelle.
L'entreprise qui peut montrer la liste de ses sources de bruit, la date de son dernier mesurage, le programme de réduction engagé au-dessus de 85 dB(A) et la raison du modèle de protecteur retenu n'a rien à reconstituer le jour d'un contrôle. Elle a surtout des salariés qui entendront encore leurs petits-enfants.
Les questions que se posent les employeurs
À partir de quel niveau de bruit faut-il fournir des protections auditives ?
À partir des valeurs d'exposition inférieures, soit 80 dB(A) sur une journée de huit heures ou 135 dB(C) en crête, le 1° de l'article R4434-7 du Code du travail impose de mettre des protecteurs auditifs individuels à disposition. À partir de 85 dB(A) ou 137 dB(C), l'employeur veille à ce qu'ils soient effectivement utilisés.
Le bruit doit-il figurer dans le document unique ?
Oui. L'article R4433-1 impose d'évaluer les niveaux de bruit auxquels les travailleurs sont exposés, et l'article R4121-1 de transcrire les résultats de l'évaluation des risques dans le document unique, par unité de travail. Un atelier, un fournil ou une cuisine relèvent de la même règle qu'un chantier.
Tous les combien faut-il refaire un mesurage de bruit ?
L'article R4433-2 du Code du travail prévoit des intervalles appropriés, notamment lorsqu'une modification des installations ou des modes de travail est susceptible d'élever les niveaux de bruit. En cas de mesurage, celui-ci est renouvelé au moins tous les cinq ans.