Exemple de DUERP rempli : deux cas concrets, du risque au plan d'action
Un DUERP (document unique d’évaluation des risques professionnels) rempli se présente le plus souvent comme un tableau : une ligne par risque, rattachée à une unité de travail, avec sa cotation et ses mesures de prévention. Vous trouverez ci-dessous deux exemples concrets et commentés : une boulangerie-pâtisserie, puis une petite entreprise de bureau.
Ces exemples sont fictifs et illustrent la méthode : votre document doit refléter les risques réels de votre entreprise, pas ceux d’un cas d’école. Pour partir d’une trame vierge bien structurée, consultez aussi notre modèle de DUERP.
L’anatomie d’un DUERP rempli
Quel que soit le métier, un DUERP rempli s’articule autour des mêmes blocs. D’abord un en-tête d’identification : nom de l’entreprise, effectif, date de réalisation et de dernière mise à jour — chaque version doit être datée, car le document et ses versions successives se conservent au moins 40 ans.
Vient ensuite le cœur du document : l’inventaire des risques, organisé par unité de travail (article R4121-1 du Code du travail). Pour chaque unité, on liste les dangers présents, le risque qui en découle, une cotation — par exemple gravité et probabilité —, les mesures de prévention déjà en place et les actions restant à mener. Depuis le 1er juillet 2025, les risques liés aux épisodes de chaleur intense doivent aussi être intégrés à cette évaluation (décret n° 2025-482).
Le document se termine généralement par le plan d’action consolidé (qui fait quoi, pour quand) — c’est là que se matérialise la liste d’actions de prévention que les entreprises de moins de 50 salariés doivent consigner dans le document et ses mises à jour — et, en annexe, les données collectives d’exposition aux facteurs de risques du compte professionnel de prévention (C2P) avec la proportion de salariés exposés au-delà des seuils, lorsque l’entreprise est concernée (article R4121-1-1). La forme, elle, reste libre : le tableau ci-dessous n’est qu’une présentation possible.
Exemple complet : le DUERP d’une boulangerie-pâtisserie
Boulangerie-pâtisserie fictive de six salariés, découpée en trois unités de travail : le fournil (production), le laboratoire (pâtisserie) et le magasin (vente). Voici un extrait représentatif de son tableau d’évaluation — un document réel comporterait aussi les risques communs à tous les locaux (incendie, électricité, chaleur intense en été…). Les risques types de ce métier sont détaillés sur la page DUERP boulanger-pâtissier.
| Unité de travail | Danger identifié | Risque | Gravité | Probabilité | Mesures existantes | Actions à prévoir |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Fournil | Four à soles, plaques et filets de cuisson brûlants | Brûlures aux mains et aux avant-bras au défournement | Élevée | Probable | Gants anti-chaleur, manches longues, zone de dépose dédiée | Baliser la zone de défournement, rappeler le port des gants lors de l’accueil de chaque apprenti |
| Fournil | Poussières de farine en suspension (pétrissage, fleurage) | Risque chimique : rhinite et asthme du boulanger | Élevée | Probable | Versement lent des sacs, nettoyage sans balayage à sec | Installer une aspiration localisée sur le pétrin, passer à une farine à faible émission de poussières |
| Fournil | Manutention des sacs de farine de 25 kg | Troubles musculosquelettiques (TMS) : lombalgies | Moyenne | Très probable | Stockage des sacs à hauteur, diable disponible | Passer aux sacs de 10-15 kg ou installer une aide mécanique de type lève-sacs |
| Fournil | Travail de nuit (prise de poste à 4 h) | Troubles du sommeil, fatigue, vigilance réduite | Moyenne | Très probable | Planning fixe communiqué à l’avance, pauses organisées | Mettre en place un suivi renforcé avec le service de prévention et de santé au travail |
| Laboratoire | Batteur, laminoir et trancheuse en fonctionnement | Coupures et écrasements des mains | Élevée | Peu probable | Protecteurs en place, arrêts d’urgence testés | Formaliser le nettoyage machine à l’arrêt, fournir des gants anticoupure pour la trancheuse |
| Magasin | Station debout prolongée derrière la caisse | TMS : douleurs lombaires et troubles veineux | Faible | Très probable | Tapis anti-fatigue au poste de vente | Installer un siège assis-debout, organiser une rotation avec les tâches du laboratoire |
Deuxième exemple, plus court : commerce et bureau
Même logique pour une activité tertiaire — agence, cabinet, petit commerce. Les risques y sont moins visibles qu’en atelier, mais bien réels : les troubles musculosquelettiques sont la première cause de maladies professionnelles en France.
| Unité de travail | Danger identifié | Risque | Gravité | Probabilité | Mesures existantes | Actions à prévoir |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Postes administratifs | Travail sur écran prolongé | Fatigue visuelle, TMS du dos, de la nuque et des poignets | Faible | Très probable | Écrans et sièges réglables | Régler chaque poste (hauteur d’écran, appuie-poignets), encourager les pauses visuelles régulières |
| Locaux | Câbles au sol, cartons stockés dans les circulations | Chute de plain-pied | Moyenne | Probable | Rangement hebdomadaire des zones de passage | Fixer les câbles en goulotte, dégager définitivement les couloirs et accès |
| Tous postes | Charge de travail en période de pointe, tensions avec la clientèle | Risques psychosociaux (RPS) | Moyenne | Probable | Points d’équipe hebdomadaires | Suivre la charge de travail, former l’encadrement à la prévention des RPS |
| Commerciaux | Déplacements routiers chez les clients | Risque routier de mission | Élevée | Peu probable | Véhicules entretenus et contrôlés | Planifier les tournées pour limiter la fatigue, proscrire le téléphone au volant |
Comment lire la cotation gravité × probabilité
Dans ces exemples, chaque risque est coté sur deux axes : la gravité du dommage potentiel et la probabilité qu’il survienne. Le croisement des deux donne une priorité d’action. Au fournil, les brûlures (gravité élevée, probables) passent avant la station debout du magasin (gravité faible, très probable) : on traite d’abord ce qui peut blesser gravement et souvent.
Point essentiel : aucune grille de cotation n’est imposée par la réglementation. La méthode est libre — échelles de 1 à 4, lettres, codes couleur… L’INRS (Institut national de recherche et de sécurité) propose des repères dans sa démarche d’évaluation, notamment la brochure ED 840, mais il s’agit d’un guide d’aide, pas d’une norme : voir « Évaluation des risques : ce qu’il faut retenir » sur le site de l’INRS. Ce qui compte, c’est une méthode cohérente, appliquée de la même façon à toutes les unités de travail et comprise par tous.
Les erreurs à éviter en recopiant un exemple
Un exemple illustre la méthode ; il ne remplace pas votre évaluation. L’obligation légale porte sur l’inventaire des risques propres à votre entreprise, unité de travail par unité de travail : un document générique recopié tel quel n’y répond pas, même s’il est bien présenté. Voici les pièges les plus fréquents.
- Recopier des unités de travail qui ne correspondent pas à votre organisation réelle — votre découpage doit refléter vos situations d’exposition, pas celles de l’exemple.
- Garder des risques absents de votre activité et, surtout, oublier ceux qui vous sont propres (un produit particulier, une machine ancienne, un rythme de travail spécifique).
- Reprendre les cotations sans les rediscuter avec les salariés concernés : ce sont eux qui connaissent le poste.
- Lister des mesures « existantes » qui n’existent pas chez vous — en cas d’accident, l’écart entre le document et la réalité se retourne contre l’entreprise.
- Figer le document : le DUERP doit être mis à jour au moins une fois par an à partir de 11 salariés, à chaque aménagement important et à toute information nouvelle sur un risque (article R4121-2).
Et après ? Plan d’action, PAPRIPACT et transmission au SPST
Un DUERP rempli n’est pas une fin en soi : c’est la première étape d’une démarche globale de prévention — évaluation, plan d’action, réalisation et suivi des mesures, mise à jour. Depuis la loi du 2 août 2021 (en vigueur au 31 mars 2022), l’article L4121-3-1 du Code du travail encadre explicitement ces suites, avec deux régimes selon l’effectif.
Dans les entreprises de moins de 50 salariés — le cas de nos deux exemples —, les résultats de l’évaluation débouchent sur une liste d’actions de prévention des risques et de protection des salariés, consignée dans le DUERP et dans chacune de ses mises à jour. C’est précisément le rôle des colonnes « Actions à prévoir » des tableaux ci-dessus, reprises en plan d’action consolidé en fin de document. À partir de 50 salariés, cette liste prend la forme d’un programme annuel structuré, le PAPRIPACT (programme annuel de prévention des risques professionnels et d’amélioration des conditions de travail), sur lequel le CSE est consulté au même titre que sur le DUERP ; son absence est passible d’une amende de 7 500 €.
Enfin, le DUERP et chacune de ses mises à jour doivent être transmis au SPST (service de prévention et de santé au travail) auquel l’entreprise adhère, et les versions successives conservées pendant au moins 40 ans. Le détail de ces obligations figure sur la page DUERP obligatoire ; les sigles PAPRIPACT, SPST ou C2P sont définis dans notre lexique de la sécurité au travail.
Obtenir un DUERP prérempli pour votre métier
Plutôt que de recopier un exemple, partez d’une trame déjà structurée pour votre secteur. iDuerp intègre des accélérateurs sectoriels préremplis — unités de travail et risques courants du métier — pour huit secteurs : boulangerie-pâtisserie, construction et BTP, restauration, santé, services, transport, vente et commerce, éducation. Toutes les déclinaisons sont présentées sur la page DUERP par métier.
L’évaluation se fait ensuite de façon guidée, sur mobile (iOS et Android) ou sur la console web : vous parcourez les risques proposés, ajustez la cotation gravité/probabilité à votre réalité, ajoutez des photos prises sur le terrain et vos propres mesures ; des suggestions assistées par intelligence artificielle (IA) aident à formuler les risques. Le rapport DUERP en PDF se génère en un clic et l’historique des versions est conservé automatiquement.
Le plan Gratuit à 0 €/mois suffit pour créer votre premier DUERP ; les fonctions avancées, comme le multi-établissements ou les rôles d’équipe, sont détaillées sur les tarifs.
Questions fréquentes
Peut-on recopier un exemple de DUERP tel quel ?
Non. L’obligation légale porte sur l’évaluation des risques propres à votre entreprise, unité de travail par unité de travail. Un document générique recopié sans adaptation ne satisfait pas cette obligation, même s’il est bien rempli en apparence. Un exemple sert à comprendre la structure et le niveau de détail attendu ; l’inventaire, les cotations et les mesures doivent venir de votre terrain.
Existe-t-il des exemples de DUERP par métier ?
Oui. Les outils sectoriels gratuits OiRA, développés par l’EU-OSHA et l’INRS, couvrent environ 45 métiers (boulangerie, garage, restauration, soins…) avec des évaluations guidées. iDuerp propose de son côté huit accélérateurs sectoriels préremplis — boulangerie-pâtisserie, BTP, restauration, santé, services, transport, commerce, éducation — qui servent de point de départ à votre propre évaluation.
Qu’est-ce qu’une unité de travail ?
C’est la maille d’analyse du DUERP, proposée par l’INRS : un regroupement de salariés exposés à des situations de risques homogènes. Ce n’est pas forcément un lieu — cela peut être un poste, un métier ou une situation de travail. Dans notre exemple de boulangerie, « fournil », « laboratoire » et « magasin » sont des unités de travail ; « livraisons » pourrait en être une autre, regroupant tous ceux qui conduisent, quel que soit leur poste.
Combien de risques faut-il lister dans un DUERP ?
Aucun nombre n’est imposé : tout dépend de l’activité. Une TPE de bureau peut tenir en une dizaine de lignes pertinentes ; un atelier ou un chantier en demandera nettement plus. Le bon critère est l’exhaustivité honnête : chaque risque réel identifié, aucun risque « décoratif » recopié d’un modèle. Mieux vaut douze lignes évaluées avec les salariés que soixante lignes génériques.
À quoi ressemble le rapport final d’un DUERP ?
Typiquement : une page d’identification (entreprise, effectif, dates de réalisation et de mise à jour), le tableau d’évaluation organisé par unités de travail, le plan d’action consolidé et, le cas échéant, les annexes relatives au compte professionnel de prévention (C2P). Avec iDuerp, ce rapport se génère en PDF en un clic et chaque version est archivée — utile, car le document et ses versions successives doivent être conservés au moins 40 ans.
Faut-il utiliser la même échelle de cotation que dans ces exemples ?
Non. La méthode de cotation est libre : aucune grille n’est imposée par la réglementation. Gravité × probabilité est une approche répandue et lisible, mais vous pouvez utiliser des échelles chiffrées, des lettres ou des couleurs. L’important est d’appliquer la même méthode partout, de pouvoir l’expliquer et d’en garder la trace d’une version à l’autre.
L’exemple inclut-il le plan d’action de prévention ?
Oui, sous la forme de la colonne « Actions à prévoir » de chaque tableau, reprise en plan d’action consolidé en fin de document. C’est ce volet qui répond à l’obligation de consigner une liste d’actions de prévention dans le DUERP des entreprises de moins de 50 salariés. À partir de 50 salariés, il faut aller plus loin : formaliser un PAPRIPACT (programme annuel de prévention des risques professionnels et d’amélioration des conditions de travail), présenté au CSE — un tableau d’évaluation seul ne suffit alors plus.
Sources officielles
- Service-Public Entreprendre — Document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP)
- INRS — Évaluation des risques professionnels : ce qu’il faut retenir
- INRS — OiRA : l’outil d’évaluation des risques pour les TPE
- Légifrance — Article R4121-2 du Code du travail (mise à jour du DUERP)