Radon au travail : la campagne de mesurage d'hiver est ouverte
Dans une actualité publiée le 20 octobre 2026, l'INRS rappelle que les mesurages de radon se font d'octobre à avril, sur deux mois au minimum. Ce que cela change pour vos locaux en sous-sol et en rez-de-chaussée, et pour votre document unique.
Le radon au travail est un gaz radioactif naturel : il sort du sol, s'infiltre par les fissures et les passages de canalisations, et s'accumule dans les locaux fermés dont l'air se renouvelle mal. Dans une actualité publiée le 20 octobre 2026, l'INRS annonce l'ouverture de la campagne hivernale de mesurage : « D'octobre à avril, les conditions sont réunies pour mesurer la concentration en radon dans les lieux de travail ».
La fenêtre compte, parce qu'un mesurage représentatif dure au moins deux mois pendant cette période de chauffe. Attendre le printemps, c'est repousser l'évaluation d'un an.
L'institut rappelle au passage une règle que beaucoup de dirigeants ignorent : « Toutes les entreprises doivent prendre en compte le risque radon dans leur démarche d'évaluation des risques professionnels et en retranscrire les résultats dans leur document unique d'évaluation des risques professionnels (DUERP) ». Voici qui est concerné, à partir de quel seuil il faut agir et ce que vous pouvez faire cette semaine.
Radon au travail : ce que disent l'INRS et le Code du travail
Le chapitre du Code du travail consacré aux rayonnements ionisants vise explicitement le radon venu du sol. L'article R4451-1 s'applique « dans les lieux de travail situés en sous-sol et rez-de-chaussée de bâtiments », en tenant compte des zones à potentiel radon, ainsi que dans « certains lieux de travail spécifiques », notamment ceux où sont réalisés des travaux souterrains.
Le point de départ est documentaire. La carte des zones à potentiel radon de l'ASNR classe les communes en trois catégories. Sur les terrains de catégorie 3, ceux des massifs granitiques en particulier, l'autorité indique que plus de 40 % des bâtiments dépassent 100 Bq/m³ et plus de 10 % dépassent 300 Bq/m³.
L'article R4451-10 fixe précisément le niveau de référence à 300 becquerels par mètre cube en moyenne annuelle. Ce n'est pas une valeur limite d'exposition : c'est le seuil qui déclenche les obligations suivantes.
Si l'analyse documentaire ne permet pas d'écarter le risque d'atteindre ce niveau, l'article R4451-15 impose des mesurages. L'entreprise peut les organiser elle-même, mais les dispositifs de mesure doivent être fournis et analysés par un organisme accrédité.
Les résultats commandent la suite, telle que l'INRS la décrit. Sous 300 Bq/m³, aucun plan d'actions n'est obligatoire, mais l'exposition doit être réduite au niveau le plus faible qu'il est raisonnablement possible d'atteindre. À 300 Bq/m³ ou au-delà, un plan d'actions doit ramener la concentration sous le seuil dans un délai maximal de 36 mois. Au-delà de 1 000 Bq/m³, le retour sous 1 000 Bq/m³ est attendu en 12 mois au plus, puis sous 300 Bq/m³ dans les 24 mois restants.
Quand, malgré les mesures de prévention, la concentration reste supérieure au niveau de référence, l'article R4451-17 prévoit que l'employeur communique les résultats des mesurages à l'Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection. Un dispositif renforcé s'applique alors : désignation d'un conseiller en radioprotection, délimitation d'une zone radon, évaluation de l'exposition individuelle des travailleurs.
L'enjeu de santé est documenté : selon l'INRS, le radon est responsable d'environ la moitié de l'exposition annuelle de la population française aux rayonnements ionisants et constitue un facteur de risque reconnu de cancer broncho-pulmonaire, risque majoré chez les fumeurs et anciens fumeurs.
Six vérifications à faire pendant la fenêtre de mesurage
1. Listez vos locaux en sous-sol et en rez-de-chaussée. Ajoutez-y les ouvrages enterrés et les cavités souterraines : réserves, caves, archives, chaufferies, vestiaires, ateliers semi-enterrés. C'est le périmètre que l'analyse documentaire doit couvrir.
2. Vérifiez le potentiel radon de votre commune. La carte de l'ASNR donne la catégorie ; elle ne dispense pas d'examiner le bâtiment lui-même : sol en terre battue, fissures, passages de réseaux, local en dépression, ventilation à l'arrêt la nuit ou le week-end.
3. Écrivez l'analyse dans le document unique. Le risque radon se traite comme les autres risques de l'unité de travail concernée : voir notre guide des risques professionnels à inventorier et, si le document reste à construire, créer son DUERP. L'article R4121-2 du Code du travail impose d'ailleurs la mise à jour « lorsqu'une information supplémentaire intéressant l'évaluation d'un risque est portée à la connaissance de l'employeur ».
4. Commandez les dosimètres à un organisme accrédité si le risque n'est pas écarté. Le mesurage se fait avec des dispositifs à lecture différée, fournis et analysés par cet organisme ; l'INRS en cite quatre dans son actualité du 20 octobre 2026.
5. Laissez les détecteurs en place au moins deux mois, entre octobre et avril. Les locaux doivent rester dans leurs conditions normales d'occupation et de ventilation pendant toute la durée, sans quoi le résultat ne représente pas la moyenne annuelle.
6. Préparez les actions de réduction. L'INRS en cite trois : améliorer ou rétablir la ventilation, renforcer l'étanchéité des sols et des murs, traiter les soubassements, par exemple avec une ventilation mécanique du vide sanitaire. Le dossier « Radon en milieu de travail » et son logigramme d'aide à la décision guident chaque étape.
Dans iDuerp, ces éléments tiennent ensemble : le radon en risque de l'unité de travail concernée, la date de pose et de relève des détecteurs en action de prévention, le rapport de mesurage dans la bibliothèque documentaire de l'établissement.
Une prévention qu'on montre, pas un classeur qu'on défend
Le radon ne se voit pas, ne se sent pas et ne déclenche aucune alarme. C'est précisément pour cela qu'il figure rarement dans les documents uniques, alors que l'évaluation documentaire ne coûte qu'une heure de travail et que le mesurage, lui, a une saison.
Une entreprise qui a regardé la carte, listé ses locaux enterrés, posé des détecteurs quand c'était nécessaire et consigné le résultat a quelque chose à montrer : une démarche datée, des décisions justifiées, un plan d'actions si le seuil est dépassé. Cela se présente en cinq minutes au CSE, au service de prévention et de santé au travail ou à l'inspection du travail — et cela protège d'abord les salariés qui passent leurs journées au sous-sol.
Les questions que se posent les employeurs
Le radon doit-il figurer dans le DUERP ?
Oui. Dans son actualité du 20 octobre 2026, l'INRS écrit que toutes les entreprises doivent prendre en compte le risque radon dans leur démarche d'évaluation des risques professionnels et en retranscrire les résultats dans leur document unique d'évaluation des risques professionnels.
À partir de quelle concentration de radon faut-il agir ?
L'article R4451-10 du Code du travail fixe le niveau de référence à 300 becquerels par mètre cube en moyenne annuelle. Au-delà, selon l'INRS, un plan d'actions doit ramener la concentration sous ce niveau dans un délai maximal de 36 mois.
Quand faut-il mesurer le radon dans les locaux de travail ?
L'INRS indique que les conditions sont réunies d'octobre à avril : la période de chauffe facilite l'entrée du radon et les locaux sont moins aérés. Le mesurage doit durer au moins deux mois pour représenter la concentration moyenne annuelle.