Accident d'exposition au sang : ce que l'employeur doit avoir mis en place

L'INRS rappelle que le risque d'AES persiste et se déplace vers les maladies infectieuses émergentes. Les obligations, elles, sont fixées depuis 2013 : évaluation, dispositifs de sécurité, formation dès l'embauche, prise en charge 24 heures sur 24.

Un cabinet dentaire, un EHPAD, un laboratoire d'analyses, une ambulance, un service de soins à domicile : partout où l'on manipule aiguilles, lancettes ou tubes de prélèvement, l'accident d'exposition au sang (AES) fait partie des risques que l'employeur doit évaluer et prévenir.

Le 28 septembre 2026, l'INRS a publié une mise au point sur le sujet, tirée d'un article du numéro 187 de la revue Références en santé au travail : les AES ont fortement diminué chez les professionnels de santé, mais le risque n'a pas disparu, et la littérature documente des transmissions liées à des maladies infectieuses émergentes.

Les obligations, elles, tiennent dans un arrêté de 2013. Voici ce qu'il demande, puis les vérifications à mener cette semaine.

Accident d'exposition au sang : ce que dit l'arrêté du 10 juillet 2013

Une définition précise. L'arrêté du 10 juillet 2013 sur les travailleurs en contact avec des objets perforants, en vigueur depuis le 1er septembre 2013, définit l'AES comme « tout contact avec du sang ou un liquide biologique contenant du sang et comportant soit une effraction cutanée (piqûre, coupure) soit une projection sur une muqueuse ».

Qui est concerné, au-delà de l'hôpital. L'article 2 vise les activités de prévention, de soins et de soins de conservation, « que l'activité ait lieu au sein ou en dehors de l'établissement ». Il cite les établissements de santé publics et privés, les établissements sociaux et médico-sociaux, les transports sanitaires, les établissements qui réalisent des soins de conservation, et les « autres lieux où sont dispensés des activités et actes de prévention, diagnostiques, thérapeutiques » hors de ces catégories. Un cabinet de ville et un soin au domicile d'un patient sont donc dans le champ.

Le déclencheur, c'est l'évaluation des risques. L'article 3 part des résultats de l'évaluation prévue aux articles R4423-1 à R4423-4 du Code du travail : lorsqu'ils montrent un risque de blessure par objet perforant et d'infection, l'employeur s'assure que l'exposition est évitée ou réduite par trois mesures — les précautions standard AES de l'annexe I, la suppression de l'usage inutile d'objets perforants, et la mise à disposition de dispositifs médicaux de sécurité. L'article R4423-1, en vigueur depuis le 1er mai 2008, demande de déterminer « la nature, la durée et les conditions de l'exposition des travailleurs ». C'est précisément ce que votre DUERP doit tracer.

Les précautions standard. L'annexe I en liste sept, dont le lavage et la désinfection des mains, le port de gants dès qu'il existe un risque de contact avec du sang — y compris pour manipuler les tubes et flacons de prélèvement —, une tenue antiprojection quand une projection est possible, l'usage des dispositifs de sécurité mis à disposition, et les bonnes pratiques avec les objets piquants : « ne jamais recapuchonner les aiguilles », ne pas les désadapter à la main, les jeter immédiatement dans un conteneur adapté.

Informer, former. L'article 4 impose d'informer les travailleurs sur quatre points : les risques et la réglementation, les bonnes pratiques et les dispositifs mis à disposition, le dispositif de déclaration et de prise en charge des AES, et l'élimination des objets perforants. L'article 5 ajoute une formation « dès l'embauche, y compris les travailleurs temporaires et les stagiaires », portant notamment sur l'importance de la vaccination et l'utilisation correcte des dispositifs de sécurité, renouvelée « notamment en cas de modification de l'organisation du travail ou des procédures ».

Organiser la prise en charge. L'article 6 demande d'organiser la prise en charge immédiate du travailleur blessé, les modalités par lesquelles celui-ci l'en informe, et la transmission des causes et circonstances au médecin du travail. L'annexe II donne la conduite à tenir : ne pas faire saigner, nettoyer immédiatement la zone à l'eau et au savon puis rincer, désinfecter « pendant au moins cinq minutes » avec un dérivé chloré. Elle prévoit un avis médical « le plus précocement possible, au mieux dans les quatre heures » et un dispositif de prise en charge organisé « dans tous les établissements, 24 heures sur 24 ».

Ce que l'INRS ajoute cette année. Les contaminations professionnelles par le VIH et les hépatites B et C sont devenues beaucoup plus rares, mais la littérature décrit des transmissions après AES pour des fièvres hémorragiques virales comme Ebola ou celle de Crimée-Congo, des arboviroses comme la dengue, le zika ou le chikungunya, et le Mpox. Beaucoup de ces accidents auraient pu être évités par l'application des recommandations de prévention.

Cette semaine : les vérifications à mener

Six points suffisent à savoir où vous en êtes.

1. Repérez les gestes exposés. Prélèvements, injections, perfusions, glycémies capillaires, soins de plaies, tri du linge, entretien des locaux, collecte des déchets. Notez par unité de travail les postes où un accident d'exposition au sang est possible.

2. Reprenez le risque biologique dans votre DUERP. L'article 3 de l'arrêté se déclenche sur les résultats de l'évaluation : si le risque d'AES n'y figure pas, les mesures qui en découlent ne seront pas organisées. Pour un établissement de soins, un EHPAD ou un cabinet, notre page sur le DUERP dans la santé reprend les risques à couvrir.

3. Faites le tour des dispositifs de sécurité. Aiguilles et cathéters sécurisés, conteneurs à objets perforants à portée de main du geste, au bon volume et pas trop remplis. Un conteneur trop loin du geste ou trop rempli oblige à manipuler l'aiguille plus longtemps que nécessaire.

4. Vérifiez l'information et la formation. Chaque arrivant, intérimaire et stagiaire compris, a-t-il été formé avant son premier soin ? La formation a-t-elle été refaite après le dernier changement d'organisation ou de protocole ?

5. Éprouvez votre dispositif de prise en charge. Qui appeler un dimanche à 3 heures du matin ? La marche à suivre est-elle affichée là où l'on se pique, et pas seulement dans un classeur ? L'affiche INRS « Conduite à tenir en cas d'accident avec exposition au sang » sert de support, et la base Eficatt donne la conduite à tenir agent infectieux par agent infectieux.

6. Analysez chaque AES, et chaque presque-accident. L'article 6 impose de transmettre au médecin du travail les causes et circonstances de chaque AES ; étendre l'analyse aux presque-accidents est une bonne pratique. Un AES qui se répète sur le même geste est une information supplémentaire intéressant l'évaluation du risque, l'un des cas où l'article R4121-2 impose de mettre à jour le DUERP. Pour le cadre général, voir les obligations de sécurité de l'employeur.

Une prévention qu'on montre, pas un classeur qu'on défend

Un AES se joue en quelques secondes, et tout ce qui compte a été décidé avant : le conteneur à la bonne place, le dispositif sécurisé choisi, la personne formée, la marche à suivre affichée. Cela se montre — à vos équipes, au CSE, à votre service de prévention et de santé au travail, à l'inspection du travail. Avec iDuerp, les risques et les incidents se saisissent sur le terrain depuis l'application mobile, chaque écart devient une action datée et assignée dans la console web, et le DUERP se génère à partir de ces données. La conformité devient le plancher, et la prévention des AES une habitude plutôt qu'une procédure oubliée.

Les questions que se posent les employeurs

Qu'est-ce qu'un accident d'exposition au sang (AES) ?

L'arrêté du 10 juillet 2013 le définit comme tout contact avec du sang ou un liquide biologique contenant du sang, comportant soit une effraction cutanée — piqûre, coupure —, soit une projection sur une muqueuse. Une projection dans l'œil relève donc de la même définition qu'une piqûre d'aiguille.

Quels employeurs sont concernés par l'arrêté du 10 juillet 2013 ?

Les établissements de santé publics et privés, les établissements sociaux et médico-sociaux, les transports sanitaires, les établissements réalisant des soins de conservation, et les autres lieux où sont dispensés des actes de prévention, de diagnostic ou de thérapeutique. Le texte s'applique que l'activité ait lieu dans l'établissement ou en dehors.

Que faire immédiatement après un accident d'exposition au sang ?

L'annexe II de l'arrêté prévoit de ne pas faire saigner, de nettoyer la zone à l'eau et au savon, de rincer, puis de désinfecter pendant au moins cinq minutes avec un dérivé chloré. Un avis médical est indispensable le plus précocement possible, au mieux dans les quatre heures.

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