Chutes de plain-pied au travail : la deuxième cause d'accident, et ce que le Code du travail impose

L'INRS consacre un webinaire aux chutes de plain-pied le 15 décembre 2026. L'occasion de reprendre les chiffres, les articles qui s'appliquent à vos sols, à votre éclairage et à vos circulations, et les vérifications à faire sans attendre.

Les chutes de plain-pied au travail — glissades, trébuchements, faux pas, pertes d'équilibre — passent pour des accidents bénins et inévitables. Les chiffres de l'INRS disent le contraire : elles représentent la deuxième cause d'accident du travail avec au moins quatre jours d'arrêt, avec plus de 100 000 chutes recensées chaque année, et tous les secteurs d'activité sont concernés.

L'INRS organise le mardi 15 décembre 2026, de 11 heures à 12 heures, un webinaire « Chutes de plain-pied : comprendre les causes pour mieux les prévenir », en direct sur Internet et sur inscription. Il s'adresse aux chefs d'entreprise, chargés de prévention, responsables HSE et intervenants en prévention.

En attendant, le cadre est écrit : le Code du travail fixe des règles précises sur les sols, le nettoyage, l'encombrement, l'éclairage et la circulation. Voici ce que disent les articles en vigueur, puis six vérifications à faire cette semaine.

Chutes de plain-pied : ce que disent les chiffres et le Code du travail

Des accidents fréquents, et pas toujours bénins. L'INRS recense plus de 100 000 chutes de plain-pied par an et les classe deuxième cause d'accident du travail avec au moins quatre jours d'arrêt. Les lésions observées vont des douleurs, lumbagos, entorses et contusions aux plaies et aux fractures ; elles peuvent aller jusqu'à des incapacités permanentes, voire des décès. La brochure ED 6433 de l'INRS, publiée en janvier 2022, évoque environ une trentaine de décès au travail chaque année.

Des facteurs peu visibles. Contrairement à une machine coupante ou à un produit chimique, ce qui provoque une chute de plain-pied saute rarement aux yeux : l'INRS cite un sol sale ou encombré, un déplacement rapide, le transport d'un objet, un éclairage insuffisant, ou l'attention focalisée sur une autre tâche que le déplacement. La chute résulte le plus souvent de la combinaison de plusieurs de ces facteurs.

L'obligation générale, d'abord. L'article L4121-1 du Code du travail impose à l'employeur de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé des travailleurs. L'article L4121-2 fixe l'ordre : éviter les risques, évaluer ceux qui ne peuvent pas l'être, les combattre à la source. Et l'article R4121-1 impose d'inventorier les risques identifiés dans chaque unité de travail.

Les locaux : nettoyés et sans encombrement. L'article R4224-18 prévoit que les locaux de travail et leurs annexes sont régulièrement entretenus et nettoyés, et qu'ils sont « exempts de tout encombrement » ; le médecin du travail et le comité social et économique émettent un avis sur les mesures à prendre. L'article R4224-3 ajoute que les lieux de travail intérieurs et extérieurs sont aménagés de façon que la circulation des piétons et des véhicules puisse se faire de manière sûre.

Les sols : une règle de conception. L'article R4214-3, qui vise la conception des lieux de travail, demande des planchers « exempts de bosses, de trous ou de plans inclinés dangereux », « fixes, stables et non glissants ». C'est la grille de lecture la plus simple pour faire le tour de vos sols.

L'éclairage : des valeurs chiffrées. L'article R4223-4 fixe des niveaux d'éclairement minimaux pendant la présence des travailleurs : 40 lux pour les voies de circulation intérieures, 60 lux pour les escaliers et les entrepôts, 120 lux pour les locaux de travail, vestiaires et sanitaires, 200 lux pour les locaux aveugles affectés à un travail permanent. À l'extérieur : 10 lux pour les zones et voies de circulation, 40 lux pour les travaux à caractère permanent.

Dehors aussi. L'article R4225-1 impose d'aménager les postes de travail extérieurs de telle sorte que les travailleurs « ne puissent glisser ou chuter ». L'INRS rappelle que la glissance des sols relève aussi de textes normatifs, dont la norme NF P05-011.

Six vérifications à faire cette semaine

1. Faites le tour des sols avec la grille de l'article R4214-3. Zone par zone : bosses, trous, plans inclinés, revêtement décollé, nez de marche usé, sol glissant par nature ou par usage. Un sol de cuisine gras, une réserve au carrelage lisse et une rampe d'accès extérieure ne se traitent pas de la même façon.

2. Regardez qui nettoie, quand, et avec quel balisage. L'article R4224-18 impose des locaux régulièrement nettoyés et exempts d'encombrement. Le point sensible est le moment du nettoyage : sol mouillé pendant le service, zone non balisée, séchage non prévu. En restauration, notre page DUERP restauration détaille les unités de travail concernées, de la plonge à la salle.

3. Vérifiez l'éclairage des circulations et des escaliers. Les valeurs de l'article R4223-4 sont des minima, pas des objectifs : 40 lux dans une voie de circulation intérieure, 60 lux dans un escalier ou un entrepôt. Une ampoule grillée dans une réserve ou une cage d'escalier est un facteur de chute, pas un détail d'entretien.

4. Traitez les défectuosités comme des actions datées. L'article R4224-17 demande que les installations et dispositifs techniques et de sécurité soient vérifiés suivant une périodicité appropriée, et que toute défectuosité susceptible d'affecter la santé et la sécurité soit éliminée le plus rapidement possible. Un carrelage descellé signalé le lundi et réparé trois mois plus tard, c'est un risque connu et non traité.

5. Faites remonter les presque-accidents. Une glissade sans blessure est une information gratuite. Dans un établissement de soins, un couloir mouillé la nuit ou un câble traversant une chambre se repèrent bien avant l'accident ; notre page DUERP santé reprend les unités de travail de ces structures.

6. Écrivez le risque dans le document unique, et formez à la circulation. L'article R4121-1 impose l'inventaire par unité de travail, et l'article R4121-2 la mise à jour au moins chaque année dans les entreprises d'au moins onze salariés, ainsi que lors de toute décision d'aménagement important. L'article R4141-11 prévoit par ailleurs une formation à la sécurité sur les conditions de circulation : règles de circulation, chemins d'accès, issues et dégagements de secours. Notre guide de mise à jour du DUERP détaille qui fait quoi.

Dans iDuerp, un sol glissant signalé par un salarié devient une ligne du document unique, une action avec un responsable et une échéance, et une preuve photo avant-après.

Une prévention qu'on montre, pas un classeur qu'on défend

La chute de plain-pied est le risque le plus facile à écarter d'un revers de main : tout le monde en a fait l'expérience, presque personne n'en garde de séquelles. C'est précisément ce qui la rend coûteuse, puisqu'elle reste la deuxième cause d'accident du travail avec arrêt.

Le traitement, lui, n'a rien de spectaculaire : des sols vérifiés, un nettoyage organisé, un éclairage conforme, des remontées de terrain prises au sérieux et des réparations datées. Cela se montre à une équipe, à un CSE, à un inspecteur du travail — mieux qu'un classeur que l'on ressort le jour du contrôle.

Les questions que se posent les employeurs

Les chutes de plain-pied sont-elles fréquentes au travail ?

Oui. Selon l'INRS, elles représentent la deuxième cause d'accident du travail avec au moins quatre jours d'arrêt, et plus de 100 000 chutes de plain-pied sont recensées chaque année. La brochure ED 6433 de l'INRS évoque environ une trentaine de décès au travail par an. Tous les secteurs sont concernés.

Que doit faire l'employeur contre les chutes de plain-pied ?

Les articles L4121-1 et L4121-2 du Code du travail imposent d'éviter et d'évaluer le risque, et l'article R4121-1 de l'inventorier par unité de travail. L'article R4224-18 impose des locaux régulièrement nettoyés et exempts d'encombrement, l'article R4224-3 une circulation sûre des piétons.

Quel éclairage minimum dans un escalier ou un entrepôt ?

L'article R4223-4 du Code du travail fixe 60 lux pour les escaliers et les entrepôts, 40 lux pour les voies de circulation intérieures, 120 lux pour les locaux de travail, vestiaires et sanitaires, et 200 lux pour les locaux aveugles affectés à un travail permanent.

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