Exosquelette au travail : l'INRS rappelle qu'équiper un salarié n'est pas en soi une démarche de prévention

Dans une actualité publiée le 19 octobre 2026, l'INRS détaille les conditions d'intégration d'un exosquelette professionnel, en écho au dossier du numéro 284 de sa revue « Hygiène et sécurité du travail ». Ce que cela change pour un employeur qui envisage d'en acheter un.

L'exosquelette au travail est présenté depuis plusieurs années comme une réponse aux contraintes physiques : port de charges, postures bras en l'air, gestes répétés. L'INRS vient de remettre les choses à leur place dans une actualité publiée le 19 octobre 2026 : « équiper un salarié d'un exosquelette ne constitue pas en soi une démarche de prévention des troubles musculosquelettiques (TMS) ».

La nuance n'est pas théorique. Les TMS représentent à eux seuls plus de 80 % des maladies professionnelles reconnues en France, et l'industrie, la logistique, l'agriculture, l'aérien ou l'aide à la personne testent déjà ces dispositifs sur des postes réels.

Voici ce que demande l'INRS, ce que le Code du travail impose avant et après l'achat, et les vérifications à faire cette semaine si un exosquelette est sur votre table.

Exosquelette au travail : ce que l'INRS demande avant l'achat

Chercher d'abord à supprimer la contrainte. L'INRS écrit que l'utilisation d'un exosquelette « ne doit être envisagée qu'après avoir recherché les possibilités de supprimer ou de réduire les contraintes par des mesures de prévention collective, techniques ou organisationnelles ». Ce n'est pas une préférence d'expert : c'est l'ordre fixé par les principes généraux de prévention de l'article L4121-2 du Code du travail, qui demande d'éviter les risques, de les combattre à la source, puis de « prendre des mesures de protection collective en leur donnant la priorité sur les mesures de protection individuelle ».

Partir du travail réel. Si l'acquisition reste une piste, l'entreprise doit analyser les situations de travail et identifier le besoin d'assistance physique. Le choix du dispositif tient compte des tâches réalisées, de l'environnement, des autres équipements utilisés et des caractéristiques des futurs utilisateurs. Le même article L4121-2 impose d'« adapter le travail à l'homme », en particulier dans « le choix des équipements de travail ».

Essayer longtemps, pas une après-midi. L'expérimentation en situation réelle doit être assez longue pour que les salariés se familiarisent avec le dispositif et en apprécient les bénéfices, mais aussi pour qu'ils identifient les gênes et les nouvelles contraintes qu'il peut occasionner. L'INRS prévient : les essais très courts ne permettent pas toujours de construire un avis stabilisé.

Associer le collectif, pas seulement l'utilisateur. Un exosquelette peut modifier les gestes professionnels, l'organisation de l'activité et la coordination entre collègues. L'INRS recommande d'associer les futurs utilisateurs, le collectif de travail, l'encadrement, les préventeurs et le service de prévention et de santé au travail (SPST), et de prévoir des temps d'échanges sur les apports et les limites du dispositif.

Évaluer dans la durée. Les bénéfices, les contraintes et l'adoption évoluent avec le temps : des évaluations régulières doivent être prévues dès le début du projet, pendant la familiarisation, puis lorsque l'usage devient régulier. Formation des utilisateurs, réglages, entretien, maintenance, suivi des éventuels effets indésirables et réévaluation du rapport bénéfices/risques font partie des conditions d'un usage durable.

Le dossier complet est en ligne. Le numéro 284 d'« Hygiène et sécurité du travail », la revue technique de l'INRS mise en ligne le 13 octobre 2026, consacre son dossier aux exosquelettes professionnels et rassemble des retours d'expérience conduits dans l'aide à domicile, le secteur aérien, les activités postales et l'agriculture.

Six vérifications avant de signer le bon de commande

1. Reprenez l'évaluation du poste avant de choisir l'équipement. Le besoin d'assistance physique se démontre sur une unité de travail précise, pas sur un métier entier. Si vos postes de manutention ne sont pas décrits risque par risque, commencez par là : notre guide de mise à jour du DUERP en détaille la méthode.

2. Écrivez ce que vous avez tenté avant. Table élévatrice, chariot, aide à la manutention, rotation des tâches, réorganisation du flux : l'ordre des principes de prévention se prouve par les actions déjà engagées, pas par une intention.

3. Mettez à jour le document unique. L'article R4121-2 du Code du travail impose une mise à jour « lors de toute décision d'aménagement important modifiant les conditions de santé et de sécurité ou les conditions de travail », et « lorsqu'une information supplémentaire intéressant l'évaluation d'un risque est portée à la connaissance de l'employeur ». Les gênes remontées pendant l'essai en font partie.

4. Consultez le CSE quand il existe. L'article L2312-8 prévoit que le comité social et économique est informé et consulté sur « l'introduction de nouvelles technologies, tout aménagement important modifiant les conditions de santé et de sécurité ou les conditions de travail ».

5. Prévoyez la formation, les réglages et la maintenance. Un exosquelette mal réglé déplace la contrainte au lieu de la réduire. L'INRS publie deux repères utiles : « 10 idées reçues sur les exosquelettes », écrit pour les chefs d'entreprise, et « Acquisition et intégration d'un exosquelette en entreprise », destiné aux préventeurs.

6. Gardez la trace des essais. Dates, postes concernés, retours des utilisateurs, décision finale : ces pièces servent au SPST, au CSE et, le cas échéant, à l'inspection du travail. Pour les métiers de la maintenance souvent concernés par le travail bras en l'air, notre page DUERP services et maintenance liste les risques préremplis ; pour la logistique et la manutention de colis, voir le DUERP transport.

Dans iDuerp, chaque étape a sa place : le risque dans l'unité de travail concernée, l'essai et ses retours en action de prévention datée, le compte rendu dans la bibliothèque documentaire de l'établissement.

Une prévention qu'on montre, pas un classeur qu'on défend

Un exosquelette se voit. Il rassure le salarié qui le porte, il impressionne le visiteur, et il peut laisser croire que le problème est réglé. L'INRS rappelle l'inverse : l'objectif reste « d'adapter le travail à l'homme et non faire de l'exosquelette un moyen de compenser des situations de travail qui pourraient être améliorées autrement ».

Ce qui se montre vraiment, c'est le chemin : le poste analysé, les solutions collectives essayées, l'expérimentation conduite avec les salariés, la décision tracée et le document unique à jour. Cela se présente en cinq minutes à un inspecteur du travail, au CSE ou au médecin du travail — et cela tient, lui, après la fin de la démonstration.

Les questions que se posent les employeurs

Un exosquelette suffit-il à prévenir les TMS ?

Non. Dans son actualité du 19 octobre 2026, l'INRS écrit qu'équiper un salarié d'un exosquelette ne constitue pas en soi une démarche de prévention des troubles musculosquelettiques, les effets observés pouvant varier selon les tâches, les dispositifs et les utilisateurs.

Faut-il mettre à jour le DUERP après l'installation d'un exosquelette ?

L'article R4121-2 du Code du travail impose une mise à jour lors de toute décision d'aménagement important modifiant les conditions de santé et de sécurité ou les conditions de travail, et lorsqu'une information supplémentaire intéressant l'évaluation d'un risque est portée à la connaissance de l'employeur.

Le CSE doit-il être consulté avant d'équiper un poste ?

L'article L2312-8 du Code du travail prévoit que le comité social et économique est informé et consulté sur l'introduction de nouvelles technologies et sur tout aménagement important modifiant les conditions de santé et de sécurité ou les conditions de travail.

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