Risques chimiques au travail : ce que votre DUERP doit contenir
L'Assurance Maladie – Risques professionnels a lancé le 14 octobre 2026 une campagne nationale sur le risque chimique, deuxième cause de maladie professionnelle en France. Le Code du travail lui consacre un chapitre entier : évaluation, suppression, substitution, notice de poste et contrôles d'exposition.
Les risques chimiques au travail ne concernent pas que les usines classées et les laboratoires. Un bidon de dégraissant dans un atelier, un aérosol antirouille, un produit d'entretien transvasé dans une bouteille sans étiquette : l'exposition commence là.
L'Assurance Maladie – Risques professionnels a lancé le 14 octobre 2026 une campagne nationale de sensibilisation sur ce risque. Relayée par la Cramif, elle rappelle qu'il s'agit de la deuxième cause de maladie professionnelle en France, après les troubles musculo-squelettiques, et qu'il est à l'origine de près de 1 700 cancers professionnels par an.
Derrière la campagne, il y a un chapitre entier du Code du travail que beaucoup d'entreprises n'ont jamais ouvert. Voici ce qu'il impose, et les vérifications à faire cette semaine sur vos produits.
Risques chimiques au travail : ce que la campagne demande, ce que le texte impose
La campagne. Depuis le 14 octobre 2026, l'Assurance Maladie – Risques professionnels mène une campagne nationale sur le risque chimique, construite autour d'Halloween pour opposer les peurs imaginaires aux expositions réelles. Elle invite les entreprises à mieux identifier les situations d'exposition et à mettre en place des mesures concrètes, en donnant la priorité au captage des polluants à la source. La page de la Cramif, publiée le 14 octobre 2026, liste les ressources ouvertes aux entreprises : outils d'évaluation en ligne, fiches par polluant et par secteur, accompagnement personnalisé.
Qui est concerné : tous les secteurs. L'article R4412-1 du Code du travail rend le chapitre sur les agents chimiques dangereux applicable « aux activités dans lesquelles les travailleurs sont exposés ou susceptibles d'être exposés au cours de leur travail à des agents chimiques dangereux ». Le mot « susceptibles » suffit à couvrir l'atelier, le fournil, la cuisine, le local d'entretien ou la réserve d'un commerce.
L'obligation d'évaluer. L'article R4412-5 pose la règle : « L'employeur évalue les risques encourus pour la santé et la sécurité des travailleurs pour toute activité susceptible de présenter un risque d'exposition à des agents chimiques dangereux. » La même phrase ajoute que l'évaluation « est renouvelée périodiquement, notamment à l'occasion de toute modification importante des conditions pouvant affecter la santé ou la sécurité des travailleurs ».
Ce que l'évaluation doit prendre en compte. L'article R4412-6 en donne la liste : les propriétés dangereuses des agents présents, les informations transmises par le fournisseur, « la nature, le degré et la durée de l'exposition », les quantités en jeu, « les effets combinés » en cas d'exposition à plusieurs agents, les valeurs limites d'exposition professionnelle et les conclusions du médecin du travail.
Avant la mise en service, pas après. L'article R4412-8 est sans ambiguïté : « Toute activité nouvelle impliquant des agents chimiques dangereux ne peut être entreprise qu'après réalisation de l'évaluation des risques et mise en œuvre des mesures de prévention appropriées. » Un nouveau produit, un nouveau procédé, un nouveau poste : l'évaluation vient d'abord.
Six vérifications à faire cette semaine
1. Dressez l'inventaire réel de vos produits. Tout ce qui est stocké, fonds de bidons et produits rapportés hors circuit d'achat compris. Pour chacun : le nom commercial, l'usage, le lieu de stockage et la quantité. L'article R4412-6 demande de tenir compte des conditions d'activité, « y compris le nombre et le volume de chacun d'eux ».
2. Récupérez les fiches de données de sécurité. Elles viennent du fournisseur. L'article R4412-38 impose que les travailleurs et le comité social et économique « aient accès aux fiches de données de sécurité fournies par le fournisseur des agents chimiques », reçoivent une information périodiquement actualisée sur les produits présents et une formation sur les précautions à prendre.
3. Supprimez d'abord, remplacez ensuite. L'article R4412-15 est catégorique : « Le risque que présente un agent chimique dangereux pour la santé et la sécurité des travailleurs doit être supprimé. » À défaut, il est réduit au minimum par la substitution de l'agent par un autre agent ou par un procédé « non dangereux ou moins dangereux ». C'est le 6° des principes généraux de prévention de l'article L4121-2 : remplacer ce qui est dangereux.
4. Si la substitution est impossible, suivez l'ordre des mesures. L'article R4412-16 le fixe : conception des procédés, équipements évitant la libération des agents, puis « application, à la source du risque, des mesures efficaces de protection collective, telles qu'une bonne ventilation », et seulement « si l'exposition ne peut être réduite par d'autres moyens » les protections individuelles. C'est exactement le captage à la source que met en avant la campagne.
5. Établissez la notice de poste. L'article R4412-39 impose d'établir « une notice, dénommée notice de poste, pour chaque poste de travail ou situation de travail exposant les travailleurs à des agents chimiques dangereux ». Elle informe des risques et des dispositions prises pour les éviter, et rappelle les règles d'hygiène et les consignes d'emploi des protections.
6. Regardez où vous en êtes des contrôles. Lorsqu'une valeur limite d'exposition professionnelle existe pour un produit que vous utilisez, l'article R4412-27 impose des contrôles par un organisme accrédité, « au moins une fois par an et lors de tout changement susceptible d'avoir des conséquences néfastes sur l'exposition des travailleurs ».
Puis reportez le tout dans le document unique. L'article R4121-1 impose d'y transcrire « un inventaire des risques identifiés dans chaque unité de travail », et l'article R4121-2 une mise à jour « lorsqu'une information supplémentaire intéressant l'évaluation d'un risque est portée à la connaissance de l'employeur » : une fiche de données de sécurité lue pour la première fois en est une. Nos repères expliquent comment cartographier les risques professionnels et comment les décliner métier par métier.
Dans iDuerp, chaque produit se raccroche à l'unité de travail où il est utilisé et la mesure retenue — captage, substitution, notice de poste — devient une action datée, avec un responsable et un contrôle planifié.
Une prévention qu'on montre, pas un classeur qu'on défend
Le risque chimique a ceci de particulier qu'il ne fait pas de bruit. Il n'y a pas d'accident à déclarer le jour où un salarié respire un solvant de trop : la maladie professionnelle se reconnaît des années plus tard, quand plus personne ne se souvient de ce qui était stocké dans la réserve.
C'est pour cela que l'inventaire des produits, les fiches de données de sécurité et les notices de poste valent mieux qu'une bonne intention. L'entreprise qui peut montrer, produit par produit, ce qui a été supprimé, remplacé ou capté, et à quelle date, n'a rien à reconstituer le jour où la question se pose — devant le CSE, devant le médecin du travail ou devant l'inspection du travail.
Les questions que se posent les employeurs
Le risque chimique doit-il figurer dans le DUERP ?
Oui. L'article R4412-5 du Code du travail impose d'évaluer les risques pour toute activité susceptible d'exposer des travailleurs à des agents chimiques dangereux, et l'article R4121-1 de transcrire dans le document unique un inventaire des risques identifiés dans chaque unité de travail.
Qu'est-ce qu'une notice de poste au titre du risque chimique ?
L'article R4412-39 impose une notice de poste pour chaque poste ou situation de travail exposant à des agents chimiques dangereux. Elle informe des risques et des dispositions prises pour les éviter, et rappelle les règles d'hygiène et les consignes d'emploi des protections.
À quelle fréquence contrôler l'exposition aux agents chimiques ?
Lorsqu'une valeur limite d'exposition professionnelle est fixée, l'article R4412-27 impose des contrôles techniques par un organisme accrédité, au moins une fois par an et lors de tout changement susceptible d'avoir des conséquences néfastes sur l'exposition des travailleurs.