Unités de travail du DUERP : découper l'entreprise, coter les risques
Le Code du travail impose un inventaire des risques « dans chaque unité de travail », sans dire ce qu'est une unité de travail ni comment coter un risque. L'INRS, lui, le précise. Voici la méthode, et ce qu'elle change dans un document unique qui tient la route.
Les unités de travail du DUERP sont le découpage sur lequel repose toute l'évaluation des risques. L'article R4121-1 du Code du travail demande à l'employeur de transcrire les résultats de son évaluation dans un document unique, et précise que cette évaluation « comporte un inventaire des risques identifiés dans chaque unité de travail de l'entreprise ou de l'établissement, y compris ceux liés aux ambiances thermiques ».
Le texte s'arrête là. Il ne dit pas ce qu'est une unité de travail, ni comment hiérarchiser les risques qu'on y trouve. C'est pourtant là que beaucoup de documents uniques se perdent : trop de lignes, un découpage calqué sur l'organigramme, aucune priorité lisible.
L'INRS comble ce vide, très concrètement. Voici ce que disent les textes, puis la méthode en cinq étapes.
Unités de travail du DUERP : ce que le texte impose, ce qu'il laisse ouvert
L'obligation d'évaluer vient d'ailleurs. L'article L4121-3 du Code du travail, en vigueur depuis le 31 mars 2022, impose à l'employeur d'évaluer les risques « compte tenu de la nature des activités de l'établissement », jusque dans le choix des procédés et des équipements, l'aménagement des lieux de travail et l'organisation du travail. L'article R4121-1 ne fait qu'exiger la transcription de ces résultats, unité par unité.
Une unité de travail n'est pas un poste. L'INRS rappelle que la circulaire n° 6 DRT du 18 avril 2002 « précise la notion d'unité de travail qui n'est pas nécessairement un poste de travail, une fonction, une activité ou un processus. Elle peut être une situation de travail dans laquelle un ou des salariés, avec une ou des fonctions différentes et en charge d'activités différentes, est (ou sont) exposé(s) à un même danger ».
Le découpage poste par poste est une impasse. L'INRS l'écrit sans détour : cette notion « ne doit pas conduire à développer une approche purement analytique (par poste de travail), fastidieuse, coûteuse et peu exploitable en termes de décisions car non globale ». Ce qui fonctionne est l'inverse : des « ensembles homogènes de situations d'exposition à des dangers », définis « sur la base d'une cartographie des conditions similaires d'exposition ». Ces ensembles « constituent le cadre de l'analyse des risques ». L'exemple donné par l'INRS : lorsqu'un danger dépasse le périmètre d'un poste et concerne les salariés proches, « l'unité de travail serait la totalité de l'atelier de production considéré ».
Aucune échelle de cotation n'est imposée. C'est le point que peu de dirigeants connaissent. L'étape d'appréciation des risques — ce qu'on appelle couramment la cotation — est, selon l'INRS, « non précisée dans la réglementation », et « le mode d'appréciation reste à la main de l'employeur ». Fréquence × gravité, criticité en trois niveaux, matrice en couleurs : aucun de ces modèles n'est obligatoire ni interdit.
Ce que le document doit contenir. L'INRS énumère le cadre de l'évaluation, la méthode d'analyse des risques choisie ainsi que les outils mis en œuvre, la méthode d'appréciation choisie, l'inventaire des risques identifiés et évalués, et les actions à mettre en place. Autrement dit : votre méthode de cotation est libre, mais elle s'écrit dans le document. Une cotation qu'on ne sait pas réexpliquer six mois plus tard ne vaut rien devant un CSE ou un agent de contrôle.
Et ensuite, le document vit. Mise à jour, annexe et conservation tiennent dans la même section du Code du travail consacrée au document unique : le document et ses versions antérieures se conservent quarante ans.
Découper et coter : la méthode de l'INRS en cinq étapes
L'INRS structure l'évaluation des risques professionnels en cinq étapes clés. Voici comment les dérouler dans une TPE ou une PME, sans y passer un trimestre.
1. Préparer : poser le cadre avant de remplir quoi que ce soit. Préparer l'évaluation « consiste à définir le cadre de l'évaluation et les moyens qui lui sont alloués », et l'INRS recommande de s'appuyer sur un groupe de travail impliquant les acteurs internes, « tels que les membres du CSE ». L'article L4121-3 dit la même chose côté droit : le CSE et sa commission santé, sécurité et conditions de travail, le salarié désigné compétent et le service de prévention et de santé au travail contribuent à l'évaluation, et le CSE est consulté sur le document unique et sur ses mises à jour.
2. Dessiner les unités de travail par exposition, pas par organigramme. Regroupez les situations où les mêmes dangers touchent les mêmes personnes. Dans un commerce de détail, cela donne souvent trois ensembles : la réserve et la mise en rayon (manutention, chutes de plain-pied, chariots), la surface de vente et la caisse (postures statiques, incivilités), le laboratoire ou la cuisine (coupures, brûlures, ambiances thermiques). Trois unités, pas quinze fiches de poste. Un exemple de DUERP montre le niveau de détail attendu dans chacune.
3. Identifier et recenser sur le terrain. L'identification se fait en observant le travail réel, en interrogeant les salariés et en analysant les accidents, incidents et presque-accidents. La brochure ED 840 de l'INRS (36 pages, juin 2025) propose des fiches risques prêtes à l'emploi pour les PME-PMI.
4. Analyser, puis apprécier. Analyser, c'est relier chaque risque aux conditions d'exposition : durée, intensité, population exposée. Apprécier, c'est décider de ce qui passe devant. L'INRS cite quatre critères utilisables : « le nombre de personnes exposées, la durée de l'exposition, la gravité potentielle de l'atteinte à la santé, le nombre d'accidents du secteur ». Choisissez les vôtres, appliquez-les de la même façon partout, et notez-les dans le document.
5. Transcrire, puis faire vivre. L'appréciation sert à « hiérarchiser, prioriser et planifier » les actions : c'est le passage de l'inventaire au plan d'action. Ensuite, l'article R4121-2 du Code du travail, en vigueur depuis le 31 mars 2022, impose la mise à jour au moins chaque année dans les entreprises d'au moins onze salariés, lors de toute décision d'aménagement important, et lorsqu'une information supplémentaire intéressant l'évaluation d'un risque est portée à la connaissance de l'employeur. Un modèle de DUERP vous donne la trame à remplir.
Une prévention qu'on montre, pas un classeur qu'on défend
Un bon découpage se reconnaît à une chose : vos équipes s'y retrouvent. Le magasinier sait quelles lignes le concernent, la personne en caisse aussi, et la discussion porte enfin sur ce qu'on va changer plutôt que sur la forme du tableau. C'est ce que cherche l'INRS en préférant des ensembles homogènes d'exposition à un inventaire poste par poste. Avec iDuerp, les unités de travail se décrivent une fois, les risques se cotent avec votre échelle, les actions sont datées et suivies, et le document unique se génère à partir de ces données. Le jour où le CSE, le service de prévention et de santé au travail ou l'inspection du travail demande à voir, vous ne cherchez pas : vous montrez.
Les questions que se posent les employeurs
Qu'est-ce qu'une unité de travail dans le DUERP ?
Selon l'INRS, qui s'appuie sur la circulaire n° 6 DRT du 18 avril 2002, l'unité de travail n'est pas nécessairement un poste de travail, une fonction, une activité ou un processus. C'est une situation de travail dans laquelle un ou plusieurs salariés, même avec des fonctions différentes, sont exposés à un même danger.
Le Code du travail impose-t-il une méthode de cotation des risques ?
Non. L'INRS indique que l'étape d'appréciation des risques est « non précisée dans la réglementation » et que « le mode d'appréciation reste à la main de l'employeur ». Vous choisissez vos critères, puis vous décrivez la méthode d'appréciation retenue dans le document unique.
Faut-il créer une unité de travail par poste de travail ?
Non. L'INRS précise que cette notion ne doit pas conduire à une approche purement analytique par poste de travail, « fastidieuse, coûteuse et peu exploitable en termes de décisions ». Il recommande des ensembles homogènes de situations d'exposition, définis à partir d'une cartographie des conditions similaires d'exposition.