Risques professionnels : les identifier, les évaluer, les prévenir
Un risque professionnel naît de l’exposition d’un travailleur à un danger : machine, produit chimique, charge à porter, organisation du travail… L’employeur a l’obligation d’évaluer l’ensemble de ces risques et de transcrire les résultats dans le Document Unique d’Évaluation des Risques Professionnels (DUERP), obligatoire dès le premier salarié.
Ce guide passe en revue les grandes familles de risques, la méthode pour les évaluer, et la façon de les inscrire dans votre DUERP avec un plan d’action de prévention.
Danger, risque, exposition : les notions de base
Le danger est la propriété intrinsèque d’un équipement, d’un produit ou d’une situation de causer un dommage (une lame coupe, un solvant intoxique, un sol mouillé fait glisser). Le risque apparaît quand un travailleur est exposé à ce danger ; il se caractérise par la gravité du dommage possible et la probabilité qu’il survienne.
L’évaluation des risques professionnels (EvRP) consiste à identifier ces situations d’exposition dans chaque unité de travail, à les coter, puis à décider des mesures de prévention — c’est le socle du DUERP. Aucune méthode de cotation n’est imposée par la réglementation : l’employeur choisit celle qui est adaptée à la taille et à l’activité de son entreprise, en s’appuyant par exemple sur la démarche proposée par l’INRS.
Les 9 principes généraux de prévention
L’article L4121-2 du Code du travail hiérarchise l’action de prévention. Ces principes guident le choix des mesures à inscrire dans le plan d’action du DUERP — avec une priorité claire : supprimer ou réduire le risque à la source avant de protéger, et protéger collectivement avant d’équiper individuellement.
- Éviter les risques
- Évaluer les risques qui ne peuvent pas être évités
- Combattre les risques à la source
- Adapter le travail à l’homme (conception des postes, choix des équipements et des méthodes)
- Tenir compte de l’état d’évolution de la technique
- Remplacer ce qui est dangereux par ce qui l’est moins
- Planifier la prévention (technique, organisation, conditions de travail, relations sociales, environnement)
- Donner la priorité aux mesures de protection collective sur la protection individuelle
- Donner les instructions appropriées aux travailleurs
Risques psychosociaux (RPS)
Stress chronique, surcharge de travail, tensions avec le public, harcèlement, violence interne ou externe, épuisement professionnel : les risques psychosociaux touchent tous les secteurs, du bureau au chantier. Ils font partie intégrante des risques à évaluer dans le DUERP, au même titre que les risques physiques.
Signaux à surveiller : absentéisme, turnover, conflits répétés, plaintes de fatigue. La prévention passe par l’organisation du travail (charge, autonomie, soutien, reconnaissance) plus que par des mesures individuelles. Les métiers en contact avec le public — restauration, santé, commerce, éducation — y sont particulièrement exposés.
Troubles musculo-squelettiques (TMS) et manutention
Les troubles musculo-squelettiques — atteintes des muscles, tendons et articulations liées aux gestes répétitifs, aux postures contraignantes et à la manutention de charges — sont la première cause de maladies professionnelles reconnues en France.
Situations typiques : port de sacs de farine en boulangerie, bacs et livraisons en restauration, charges sur les chantiers du BTP, mise en rayon dans le commerce, transferts de patients dans la santé. Prévention : aides mécaniques (diables, transpalettes, lève-charges), aménagement des postes, rotation des tâches, formation aux gestes et postures.
Risques physiques : chutes, machines, bruit, électricité, incendie
Les chutes de plain-pied (sols glissants, encombrement, dénivelés) et les chutes de hauteur (échelles, échafaudages, toitures) figurent parmi les premières causes d’accidents du travail. Les équipements de travail (machines, outils coupants), le bruit (ateliers, chantiers, cuisines), le risque électrique (interventions sur installations, matériel défectueux) et le risque incendie (sources de chaleur, stockages combustibles, poussières inflammables) complètent cette famille.
Chaque situation appelle des mesures propres : maintien des sols propres et dégagés, protecteurs sur machines, protections auditives collectives puis individuelles, vérifications périodiques des installations électriques, permis de feu, extincteurs et consignes d’évacuation. Ces risques dominent dans le BTP, le transport et les ateliers de production.
Risques chimiques et biologiques
Produits d’entretien, solvants, poussières (farine, bois, silice), fumées : les agents chimiques dangereux (ACD) — dont certains sont cancérogènes, mutagènes ou reprotoxiques (CMR) — doivent être inventoriés à partir des Fiches de Données de Sécurité (FDS) et évalués poste par poste. La substitution par un produit moins dangereux est la mesure prioritaire, avant le captage à la source, la ventilation et les équipements de protection.
Le risque biologique (contact avec des agents infectieux, déchets, fluides corporels, accident d’exposition au sang) concerne d’abord la santé et l’aide à la personne, mais aussi le nettoyage, la restauration et le traitement des déchets.
Risques organisationnels : écran, travail isolé, risque routier, horaires
Le travail sur écran prolongé (fatigue visuelle, posture statique, sédentarité) concerne la majorité des activités tertiaires — y compris en télétravail, qui doit être intégré à l’évaluation. Le travail isolé (intervention seule, horaires décalés, tournées) exige des moyens d’alerte adaptés. Le risque routier — trajets domicile-travail et déplacements professionnels — est l’une des premières causes de mortalité au travail : il touche particulièrement le transport et les services itinérants.
Le travail de nuit et les horaires atypiques (fournil de boulangerie, restauration, soins) ajoutent des effets sur la santé et la vigilance à prendre en compte dans l’évaluation.
Chaleur intense : un risque désormais explicite
Depuis le 1er juillet 2025, l’évaluation des risques doit intégrer les risques liés aux épisodes de chaleur intense (décret n° 2025-482 du 27 mai 2025) : travail en extérieur, cuisines, fournils, ateliers non climatisés… Un épisode de canicule constitue aussi une information nouvelle qui peut déclencher une mise à jour du DUERP.
Mesures types : adaptation des horaires, pauses et points d’eau, zones ombragées ou rafraîchies, report des tâches physiques intenses, surveillance mutuelle des équipes.
Quels risques dominent dans votre métier ?
Repères indicatifs — chaque établissement doit mener sa propre évaluation, unité de travail par unité de travail.
| Métier | Risques typiquement dominants |
|---|---|
| Boulangerie & Pâtisserie | Brûlures, poussières de farine, TMS (manutention), coupures, travail de nuit, chaleur |
| Construction & BTP | Chutes de hauteur, engins et machines, manutention, bruit, poussières (silice), risque électrique |
| Restauration | Brûlures, coupures, chutes de plain-pied, TMS, chaleur en cuisine, RPS (coup de feu, clientèle) |
| Santé | Risque biologique (AES), TMS (transferts de patients), RPS, produits chimiques, horaires |
| Services | Risque électrique, interventions en hauteur, travail isolé, risque routier, manutention |
| Transport | Risque routier, manutention, TMS, travail isolé, horaires décalés |
| Vente & Commerce | Manutention et mise en rayon, station debout, chutes, RPS (incivilités), travail sur écran |
| Éducation | RPS, voix et posture, chutes de plain-pied, activités et sorties, locaux et incendie |
Inscrire les risques dans le DUERP
Une fois les risques identifiés, la démarche est toujours la même — c’est celle que l’application iDuerp guide pas à pas, photos du terrain à l’appui.
Découper l’activité en unités de travail
Regroupez les situations d’exposition homogènes (fournil / magasin, chantier / atelier / bureau…). C’est l’exigence de l’article R4121-1 du Code du travail.
Identifier les dangers et les personnes exposées
Observez le travail réel, interrogez les équipes, appuyez-vous sur l’historique des accidents et presqu’accidents déclarés.
Coter chaque risque
Croisez gravité et probabilité pour prioriser — la méthode est libre, l’important est la cohérence. Voir un exemple de DUERP rempli.
Définir le plan d’action de prévention
En suivant les 9 principes : suppression, substitution, protection collective, protection individuelle, formation. Moins de 50 salariés : liste d’actions consignée dans le DUERP ; 50 salariés et plus : programme annuel (PAPRIPACT).
Mettre à jour et tracer
Mise à jour au moins annuelle à partir de 11 salariés, et à chaque aménagement important ou information nouvelle ; chaque version du DUERP est conservée au moins 40 ans. Les règles de mise à jour en détail.
Du risque identifié à la prévention organisée
Identifier et coter un risque n’a de sens que si cela débouche sur de la prévention. C’est toute la logique de la démarche renforcée par la loi du 2 août 2021 : chaque risque évalué alimente le DUERP — obligatoire dès le premier salarié — qui se prolonge en actions concrètes. Dans les entreprises de moins de 50 salariés, ces actions sont consignées sous forme de liste directement dans le DUERP et ses mises à jour. À partir de 50 salariés, elles prennent la forme du PAPRIPACT, le programme annuel de prévention des risques professionnels et d’amélioration des conditions de travail (article L4121-3-1 du Code du travail), présenté au CSE avec ses ressources, son calendrier et ses responsables ; son absence expose à une amende de 7 500 €.
La démarche ne s’arrête pas aux portes de l’entreprise : le DUERP et chacune de ses mises à jour doivent être transmis au service de prévention et de santé au travail (SPST). Celui-ci conseille l’employeur sur les mesures de prévention et assure le suivi médical des salariés — un suivi renforcé pour certaines expositions identifiées lors de l’évaluation (agents chimiques CMR ou travail de nuit, par exemple). La boucle complète est donc : évaluation des risques → plan d’action ou PAPRIPACT → réalisation et suivi des mesures → mise à jour du DUERP → transmission au SPST, chaque version successive étant conservée pendant 40 ans. Pour vous y retrouver dans les sigles, consultez notre lexique de la sécurité au travail.
Questions fréquentes
Quelles sont les grandes familles de risques professionnels ?
On distingue habituellement les risques physiques et mécaniques (chutes, machines, bruit, électricité, incendie), les risques chimiques et biologiques, les troubles musculo-squelettiques liés aux gestes et à la manutention, les risques psychosociaux, et les risques organisationnels (écran, travail isolé, risque routier, horaires atypiques). Depuis juillet 2025, la chaleur intense doit explicitement être prise en compte.
Quelle est la différence entre un danger et un risque ?
Le danger est la capacité intrinsèque à causer un dommage (une lame, un solvant) ; le risque est la rencontre entre ce danger et un travailleur exposé. On évalue le risque en croisant la gravité du dommage possible et sa probabilité de survenue.
Les risques psychosociaux doivent-ils figurer dans le DUERP ?
Oui. Le DUERP répertorie l’ensemble des risques professionnels auxquels sont exposés les travailleurs (article L4121-3-1 du Code du travail), ce qui inclut les RPS au même titre que les risques physiques ou chimiques.
Existe-t-il une méthode de cotation obligatoire ?
Non. Aucune grille n’est imposée par la réglementation : l’employeur choisit une méthode adaptée à sa taille et à son activité. Les guides de l’INRS (comme la brochure ED 840) sont des aides, pas des normes.
Le télétravail doit-il être évalué ?
Oui : les salariés en télétravail restent exposés à des risques (travail sur écran, isolement, environnement du poste) qui relèvent de l’évaluation de l’employeur et donc du DUERP.
Qui peut m’aider à identifier les risques ?
Vos équipes d’abord (elles connaissent le travail réel), le service de prévention et de santé au travail (SPST), les agents Carsat, l’OPPBTP pour le bâtiment, et les outils sectoriels gratuits OiRA de l’INRS. L’agent IA d’iDuerp suggère aussi des risques types selon votre secteur.
Que deviennent les risques identifiés dans le DUERP ?
Chaque risque évalué doit déboucher sur des mesures de prévention. Dans les entreprises de moins de 50 salariés, ces actions sont consignées sous forme de liste dans le DUERP et ses mises à jour ; à partir de 50 salariés, elles alimentent le PAPRIPACT, le programme annuel de prévention des risques professionnels et d’amélioration des conditions de travail, dont l’absence est passible d’une amende de 7 500 €. Le DUERP et chacune de ses mises à jour sont ensuite transmis au SPST, et chaque version est conservée pendant 40 ans.
Quel est le rôle du SPST dans la prévention des risques ?
Le service de prévention et de santé au travail (SPST) est destinataire du DUERP et de chacune de ses mises à jour. Il conseille l’employeur dans sa démarche de prévention et assure le suivi médical des salariés, avec un suivi renforcé pour certaines expositions (agents chimiques CMR, travail de nuit, etc.). C’est un interlocuteur clé pour transformer l’évaluation des risques en actions de prévention efficaces.
Sources officielles
- Code du travail, art. L4121-2 (principes généraux de prévention) — Légifrance
- Code du travail, art. L4121-3-1 (contenu du DUERP) — Légifrance
- Évaluation des risques professionnels : ce qu’il faut retenir — INRS
- Décret n° 2025-482 du 27 mai 2025 (chaleur intense) — Légifrance
- Document unique d’évaluation des risques professionnels — Service-Public (Entreprendre)